
À propos
Il y a maintenant plus de dix ans que mon défunt cousin m’a parlé d’un jeu qu’il croyait que j’aimerais. Avec comme seul conseil de me ramasser du bois et de fabriquer des outils «comme je pensais qu’il fallait faire» sur l’établi, je me suis fait largué dans un champs rempli de cubes et j’ai bâti ma toute première cabane en planches, un humble boîte à chaussure de 4 mètres de haut par environ 5 mètres de côté, sans fenêtres ni porte, ou j’ai passé la nuit entière à frissonner en entendant les cris étranges des créatures monstrueuses issues de l’ombre. J’ai aimé ça.
Tu vas voir, c’t’un jeu où il y a pas de but
Kevin Hamel
Bien entendu, ce jeu, c’était Minecraft. Il ne me fallut que quelques semaines pour figurer comment lancer un serveur depuis mon ordinateur portable. Mon cousin et moi avons découvert un nouveau monde, le premier d’une lignée qui perdure encore une décennie plus tard. Très rapidement, nous avons initié des sauces à notre nouveau passe-temps et c’est ainsi que naquit le mythique serveur d’Austerlitz. J’hébergeais toujours moi-même le serveur, mais cette fois sur mon PC, et nous convenions à chaque semaine d’une fenêtre durant laquelle il était possible de jouer; c’est que les données étaient encore comptées en ce temps-là!

Le lancement officiel de Minecraft, version 1.0, amena la première remise à zéro du serveur. D’autres suivirent, soit par perte d’intérêt des joueurs envers un monde, soit (et ce fut généralement le cas) parce que l’algorithme procédural de génération du monde était modifié d’une version à l’autre et que conserver un ancien serveur impliquait un paysage défiguré par des artefacts ou privé des toutes nouvelles bébelles sur des kilomètres à la ronde.

Éventuellement, j’ai retenu les services d’un hébergeur professionnel et les sauces purent miner et «crafter» sans se préoccuper d’être le bon soir de la semaine. Ce ne fut pas toujours sans heurt, comme lorsque j’ai perdu le tout dernier monde auquel mon cousin a participé avant son décès.

Pendant ces dix ans, j’ai changé, et Minecraft aussi. Pourtant nous nous retrouvons toujours, et j’ai encore cet éclair dans les yeux lorsque je crois avoir repéré un gisement de diamant. J’ai encore le coeur qui s’emballe lorsqu’un creeper me prend au dépourvu, et j’ai encore le goût d’explorer, bâtir et partager des mondes infinis avec mes amis.
Vincent Martin, 15.XII.2021